La santé du sol par les plantes

La santé du sol par les plantes

Cet article va aborder les thèmes suivant :

  • Olivier Husson
  • Une vision exprimant la santé du sol : Eh-pH
  • Les phénomènes d’homéostasie : effet Tampon
  • Changer son regard sur les pratiques agricoles : Aucun système aujourd’hui ne possède toutes les solutions pour sortir de l’impasse de l’appauvrissement des sols.
  • Des agriculteurs de tout bord se mettent ensemble pour comprendre les impacts de leurs pratiques et trouver des solutions ensemble.

Olivier Husson

Olivier Husson, chercheur au CIRAD rend possible – par le regard qu’il pose sur la vie en général, et sur la santé des plantes et du sol plus spécifiquement, – des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement et des sols, cela depuis une trentaine d’année.

Souvent seul et traité de “Professeur Tournesol”, il a mené des travaux décalés en marge des effets de mode. Il a travaillé avec son équipe à une meilleure connaissance des sols grâce au potentiel redox.

Aujourd’hui plus que jamais ses travaux révèlent des façons de voir atypiques. Son regard sur l’agriculture et la gestion des sols est pertinent et apporte de vraies solutions. Par contre cela demande de changer de perspective et de pratiques agricoles, pour une amélioration réelle et accessible.

Ces recherches se sont concentrées sur le potentiel d’oxydoréduction dont les réactions correspondent à des échanges d’électrons au sein du vivant. Le fonctionnement d’une pile électrique illustre bien le phénomène.

Ces recherches s’inspirent des travaux de Louis-Claude Vincent qui ont plus de 70 ans.

Le pH-redox ou potentiel d’oxydoréduction pour favoriser une agriculture de rendement qui régénère les sols.

Le vivant fonctionne par cycle, qu’il soit externe tel que les saisons, les jours ou interne à la plante, du développement racinaire à la sénescence. Les échanges entre le sol et les plantes sont aussi organisés en lien de cause à effet, tel des engrenages vertueux ou vicieux.

Pour appréhender le système, il faut tenir compte des interactions entre différents éléments comme,

  • Les équilibres acido-basiques (pH)
  • L’oxydo-réduction (Eh)
  • La ionisation (conductibilité)
  • La nature des liquides : que ce soit de l’eau de source ou des fluides biologiques tel que la sève, les lisiers ou produits de traitement (bio ou non)

qui vont impacter tous les acteurs du sol, soit les bactéries, les champignons, la faune composée de tous les microorganismes ainsi que les plantes.

Selon l’angle de vue Redox-pH :

  • D’un côté, le sol se charge plus ou moins en énergie grâce à la photosynthèse produite par les feuilles des plantes et celui-ci se transforme alors en batterie + ondulateur:
  • de l’autre, le sol va pouvoir restituer l’énergie aux plantes qui, pour vivre leurs cycles, bénéficient de l’énergie accumulée.

Entre deux, au milieu, dans l’équation, la qualité du terrain (type de sol), la quantité de vie dans celui- ci, l’équilibre entre les différents organismes, et les potentiels d’échanges, etc.

Un outil exprimant la santé du sol : l’indicateur Redox-pH (Eh-pH)

Il est nécessaire de bien comprendre deux notions, les maitriser et savoir les interpréter conjointement pour utiliser l’indicateur redox.

  • Le potentiel hydrogène mesure l’activité des protons communément appelé “phénomène acido-basique”, celui-ci est mesuré grâce à la variable du pH, c’est le facteur magnétique du système.
  • Le potentiel d’oxydoréduction mesure l’activité des électrons, celle-ci est déterminée par une grandeur nommée Eh et exprimée en volt ou milli-volt. On parle habituellement d’oxydation ou de réduction d’un “terrain”, c’est le facteur électrique du système.

La bio-électronique rend compte de l’articulation entre ces deux potentiels et exprime la nature d’un terrain sous un angle scientifique, l’un ne va pas sans l’autre.

Les signaux rédox fondamentaux régulent tout dans la plante, le sol, le vivant. Ils régulent, la physiologie, la phénologie, les interactions avec les bioagresseurs,… En bref “Tout est Redox”.

 

Le sol et les plantes cherchent constamment à s’équilibrer : c’est le phénomène de l’homéostasie.

  • à l’interne, dans le cycle de vie de la plante et/ou
  • à l’externe, face aux variations du climat, des types d’atteintes dues aux pratiques agricoles, des bioagresseurs …

Plus le système sol-plante est sain, mieux il va pouvoir réagir. Lorsqu’il y a trop de déséquilibres, c’est autant de portes ouvertes à des pathogènes et autres attaques en tout genre. La vie, qu’elle soit dans le sol ou dans la plante, va chercher à compenser les déséquilibres en les réajustant, en “tamponnant”, action qui est très gourmande en énergie, énergie qui ne sera donc pas disponible pour autre chose.

Le fun du système, c’est que ces paramètres varient en permanence.

C’est d’autant plus utile de connaitre ce qui impacte le système en terme d’oxydation ou de réduction, d’acidification ou d’alcanisation afin de pouvoir réduire au maximun ce qui nuit au système. Plus le système est sain, plus il est réactif à moindre coût énergétique.

C’est en acceptant de changer son regard que les changements de paradigmes sont possibles :

Pour commencer, il faut :

  • Savoir qu’aucune agriculture aujourd’hui ne réunit les conditions ad hoc pour une transition vers une régénération des sol et de bons rendements
  • Considérer le sol comme une réserve ainsi qu’un capteur de carbone et non pas un substrat exploitable à l’infini
  • Séquestrer du carbone labile, c’est à dire accessible aux microorganismes du sol.
  • Réduire au maximum l’impact de tout ce qui atteint les variations du thermo-dynamisme naturel du sol et des plantes.
    • Les conditions pédoclimatiques extrêmes, sécheresse, inondation, froid, soleil, ciel couvert….
    • L’impact des différentes interventions agricoles, travail du sol, engrais, phytosanitaires, récolte, tassement,…..
  • Accepter d’être un apprenant face à la terre en l’observant, la consultant, la remerciant avec beaucoup d’humilité car elle donne toujours le meilleur d’elle-même et sans nous juger.

Changer son regard

Pour appréhender une agriculture de rendement qui régénère les sols, le regard doit s’ouvrir et sortir des clivages bio – pas bio. Il faut remettre au centre le sol en tenant compte de ses besoins et de ses fonctionnements. C’est à dire, oser innover dans ses pratiques, aller voir ses voisins agriculteurs, discuter, échanger ses expériences. C’est ce que fait une poignée d’agriculteurs du canton de Neuchâtel, dont nous faisons partie.

Voilà un peu plus d’une année que nous allons de domaine en domaine pour comprendre ce qui s’y passe et ce qui peut être amélioré pour accélérer le changement et passer d’une agriculture de rendement qui épuise les sols à une agriculture de rendement qui régénère les sols. La faune et la flore répondent aux mêmes critères que les humains en terme d’équipe : plus l’entente est bonne et les compétences de chacun utilisées correctement, plus l’équilibre entre énergie, rentabilité, productivité est performant. Un sol régénéré est en meilleure santé, ce qui permet de voir l’avenir d’un bon oeil : moins de problèmes phytosanitaires, c’est à dire moins de maladies, donc moins de traitements. Un sol mieux structuré, plus aéré, génère moins de problèmes de lessivage, et permet une meilleure activité biologique donc qui induit moins de bioagresseurs. Le changement est en marche, il s’appuie sur de l’observation et des échanges de pratiques.

Qu’est ce qui est observé ?

Les impacts des pratiques agricoles sur la vie du sol.

L’agriculteur au fil de la saison va pratiquer un certain nombre de gestes sur le sol et les plantes de la préparation du sol à la récolte. Entre deux, il va essayer de corriger les déséquilibres générés par la météo et les bio-agresseurs et répondre aux besoins des plantes tout en nourrissant au mieux les habitants du sol.

Les actions sont de deux ordres :

  • Travail mécanique : Comment le sol va-t-il être travaillé pour la mise en place de la culture par exemple?
  • Apports externes en direct ou différé : Fertilisation et amendement, soin préventif ou curatif. Comment le sol et les plantes vont-ils être nourris, traités ?

Mécanisation :

Tout travail mécanique déstructure le sol et provoque une oxydation. Moins on le touche, mieux il se porte. L’enjeu majeur réside dans le fait de le cultiver sans le malmener.

Apports externes

Tout ce qui concerne les apports d’engrais agit à deux niveaux soit rapide, la fertilisation, soit  de fond, les amendements, qu’ils soient minéraux ou organiques.

La fertilisation et les amendements sont indispensables. Par contre, leur nature minérale ou organique va avoir un impact sur le sol diamétralement opposé.

Dans une agriculture de conservation l’objectif est d’accroître la matière organique en faisant travailler le sol. ( en savoir plus)

Les fertilisants minéraux vont nourrir  la plante sans pour autant faire “travailler” le sol. En période de transition, ils sont essentiels, car ils pallient toute une partie des besoins de la plante que le sol ne peut pas encore lui faire parvenir.

Par contre ils maintiennent un biais dans le système puisqu’ils se substituent au volant d’auto-fertilité.

 Impacts des pratiques sur le sol
Pratiques agricole  Types Redox PH
Gestion de l’eau Drainage Oxyde Neutre
Travail du sol labour Oxyde

Légère acidification

Couverture morte Désherbant Oxyde Neutre
couverture vivante Dérobée, engrais vert, Méteil Réduit Alcanistion

 

Impact des fertilisant et amendements
Pratiques Type Redox pH
Fertilisant Engrais minéraux …-ate Oxyde Basifie
Fertilisant Engrais minéraux  Chlor… Oxyde Acidifie
Fertilisant Urée / amonium Réduit Acidifie
Amendement Engrais organique Réduit Neutre
Amendemen Macération Très réducteur Neutre

L’importance des amendements

Dans l’agriculture du futur, soit aujourd’hui, les couverts végétaux vivants sont une part importante des amendements par leur potentiel de réduction et d’alcanisation des sols. Ils ne peuvent cependant pas répondre à tous les besoins.

La place des déjections animales

Fertiliser un champs avec les déjections issues de la rumination est un apport primordial car proche de l’idéal du potentiel Redox.

Les lisiers ont toute leur place, leur qualité va dépendre directement de l’alimentation donnée à la vache qui répond aux mêmes critères de redox. Une alimentation trop acide et oxydée va générer des déjections impropres aux besoins du sol.

Le passage des déjections dans un biogaz extrait beaucoup d’électrons qui ne seront plus disponibles pour le sol. Celui ci va devoir donner de l’énergie (électrons) pour pouvoir digérer ce produit. Les bactéries utilisées pour produire du biogaz sont méthanogènes et anaérobiques. Le liquide issu de la méthanisation, amené au sol comme engrais, va dans un premier temps par la concurrence mortelle entre les bactéries du sol aérobiques et les bactéries anaérobiques du biogaz, générer une suralimentation soudaine et facilement assimilable. Par contre dans un deuxième temps, cette guerre fratricide a décimé toute une partie de la faune du sol générant une faim d’azote. Si en plus il pleut juste après l’épandage, les conditions sont parfaites pour que ces bactéries continuent à produire du méthane qui se dispersera dans l’air, gaz qui est 20x plus nocif que le CO2. On va observer un phénomène identique lorsque la matière organique est enfouie au fond de la raie de charrue.

Le potentiel Redox, s’occupant des briques qui constituent le vivant, régit tous les échanges au sein de celui-ci à tous les niveaux. TOUT EST REDOX !

La météo

Impacts  météorologiques
Climat  Nature Redox Ph
Sécheresse Plantes Oxyde Acidifie
  Sol Réduit Peu basifiant
inondation Plantes Oxydant Acidifie
  Sol Réduit Acidifie
Ciel couvert Plantes Oxyde Acidifie
  Sol Peu réducteur Peu basifiant
Orage Plante Réduit ?
  Sol Réduit ?
Soleil direct Plante Réduit Acidifie
  Sol Oxyde Acidifie
       

Tous les agriculteurs font face aux défis météorologiques, les pratiques sont d’autant plus importantes que le sol et les plantes réagissent directement en “tamponnant” toutes les variations thermo-dynamiques.

Côté sol, ce qui oxyde : très facile

Globalement la sécheresse, les engrais minéraux, les traitements phytosanitaires, le labour et les sols nus vont avoir un impact oxydant voir très oxydant. Le soleil sur un sol nu va déclencher une réaction de Fenton, soit une “attaque chimique hyper oxydante” de la matière organique.

Imaginer le volume de stress que subit un sol labouré lors d’une canicule…..

Côté sol, ce qui réduit : moins facile

Le soleil sur sol couvert, l’eau retenue dans la structure du sol ( agrégats), la matière organique, l’activité biologique, les macérations, l’urée.

Ce qui tamponne : un sol vivant.

La matière organique, l’activité biologique, les argiles, la couverture du sol ( eau- température).

Un système sol / plantes / microorganismes qui fonctionne bien au niveau Eh-pH repose sur :

  • une bonne structure,
  • de la matière organique variée,
  • une activité biologique forte et variée,
  • de l’argile et du fer,

tout cela en interaction.

c’est une bonne définition d’un sol vivant.

Olivier Husson a dressé une carte localisant les impacts des bio-agresseurs…. Les zones de déséquilibres sont nombreuses et variées…. La voie vers une agriculture permettant au sol d’être nourri et produisant cependant un rendement existe. Elle n’est pas très large et demande dans un premier temps une réelle collaboration entre les différents acteurs.

Une politique agricole responsable se doit de comprendre les enjeux liés au sol et d’agir en conséquence.

Ce serait la moindre des choses de consulter les agriculteurs qui se trouvent au coeur des problématiques, qui depuis des années observent, ajustent leurs pratiques, dialoguent et construisent ensemble une approche responsable et professionnelle de leur métier, au delà des clivages et des querelles de clocher.

Côté consommateur

Un peu de calme, un achat responsable n’est pas toujours celui que l’on croit.

Les médias vendent des émotions, c’est leur job, la comm aussi. Les effets de l’émotion sont connus, ils vous “enfument” dirait Onfray. A l’heure du concept du “Feel Data”, les agences de comm sont capables de mesurer les données émotionnelles afin d’établir des messages en lien avec les affinités des audiences visées.

Evidemment nos propos ne sont pas très sexy, ils vont à l’encontre de l’audimat et des émotions. Ils sont carrément révoltants ! Vous vous rendez compte, oser parler de pesticides, de glyphosate, et même, allons, soyons audacieux, dire que des études démontrent qu’un sol en santé sera moins atteint par un glyphosate que par un labour…. c’est choquant !

Pour nous ce qui est le plus choquant, c’est d’imaginer qu’au nom d’une bonne conscience et d’une comm bien faite, on peut manipuler émotionnellement suffisamment la population et les gouvernements et, par la même, générer des décisions qui produisent plus de problèmes que de solutions.

L’agriculture est effectivement dans une période de mutations importantes et il est essentiel de prendre des décisions constructives qui se préoccupent de la réalité du terrain bien au delà des “enfumages” émotionnels.

Alors consom-acteurs, s’il vous plaît, même si notre discours vous choque, sachez qu’un labour n’est pas moins nocif et dangereux que le glyphosate, mais réellement plus selon les conditions.

Ce que le sol et les plantes nous apprennent tout les jours, c’est que tout extrémisme est violemment destructeur.

Philippe Leuba et Geneviève Lb Robert nov. 2019

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Création : madeleine jaccard
Réalisation : sur mesure concept